NEWS LETTER 19 
 
LE CHIEN FOU ET LES NUITS DE KATMANDOU

 

 
A Pekin le 4/05/09, par Gilles 
 
          Notre appartement de Katmandou est excentré des rues
principales et de leur traffic. L'ambiance nocturne est calme. On entend
seulement les aboiements des chiens de temps à autre au loin. Mais voilà : notre
première nuit fut interrompue à plusieurs reprises par les aboiements d'un
chien sous les fenêtres de notre immeuble. Il aboie, sans raison aucune,
d'une voie sourde et  monocorde, ceci pendant d'interminables minutes.
Il s'arrête puis reprend de nouveau.
 
           Je le maudis lors de ces interminables minutes
d'éveil. Un chien n'aboie pas sans raison. Peut-être est-ce la pleine
lune ? Non, pas ce soir, ni la prochaine. Je me mets a pense a la vie de chiens
de Katmandou. Leurs errances avec leurs lois des rues. J'observe, je
constate : chiens maigres aux oreilles déchiquetées, chiens balafres. Certains
ont la gale recouvert de croûtes avec des zones de poils éparses. D'autres
se grattent et se mordillent. D'autres ont une patte recroquevillée marchant
sur trois pattes depuis des années, le  museau au sol dans les détritus cherchant
pitance.
 
          Ces tas d'immondices aux coins des rues sont à partager
avec les vaches sacrées mais aussi avec les mendiants et enfants des rues. Cette
misère des rues est bien présente. Dans les ruelles de notre quartier
(monastère Tchen Tchen et du stupa de Bodnath) relativement propre et calme, il
y a les habitues. Cette femme aveugle, avec son pèse personne devant-elle,
chante la même lithanie en frappant sur son tambour. Les lépreux et
paraplégiques, membres difformes, assis au sol tendent timidement leurs mains
ou leurs moignons. Les enfants vous suivent quelques instants, une main tendue,
l'autre parfois accrochée à votre pantalon. Ceux-la vivent de la mendicité.

          Il y a encore pour moi une catégorie plus basse
d'êtres humains, ceux qui n'ont plus cette conscience de quémander une
aumône. Comme cette vieille que j'appelle la chamane avec ces tas
d'herbes poussiéreux, psalmodiant sans arrêt, parfois le torse nu.
Son dos se réchauffe au soleil matinal. Il y aussi cette homme aux yeux 
perdus dans le néant, les cheveux hirsutes. Il est habillé de haillons
couleurs terre. Il a allume un feu pour se réchauffer sur le trottoir.
D'autres ont le comportement bien typique de la déficience mentale: gestes
répétitifs, balancement et murmures permanents. Habillés de haillons, ils
vivent au sol en permanence et se confondent avec les tas d'immondices des
coins de rue.

          Comme il y a une autre catégorie de chiens bien nourris,
aux poils luisants. Le " chien fou " de garde de notre immeuble en
fait partie. Tous les soirs, le propriétaire le lâche dans le parc. Nous
apprenons par nos colocataires qu'il y a eu plusieurs plaintes de voisinage
(dont des plaintes de moines) mais rien n'y fait ! L'insécurité
nocturne semble bien présente. Chaque portail d'accès est haut, non ajouré
avec cadenas et serrures. Chaque mur est haut avec tessons de bouteilles,
pointes, ou fil de barbelés à son sommet. Notre propriétaire nous raconte
qu'une grand-mère du quartier s'est fait assassiner dans son
appartement. Cette insécurité,  nous ne la ressentons pas. Nous sommes
rarement dans les ruelles la nuit aussi  ! Après 3 mois de vie au Nepal, nous
pouvons dire que les Népalais sont généralement très serviables et
honnêtes.
 
          Ces réveils nocturnes ont pris fin lors de notre retour de
notre trek du Khumbu. Notre deuxième chambre étant louée, nous avons dormi dans
celle des enfants plus éloignée de notre "chien fou". Quel plaisir de
faire des nuits complètes ! 
 
          Devant cet aspect de la vie au Népal, je repense à notre vie
d'occidental, à tous ces excédents que l'on consomme et comme dit
Maxime Leforestier nous avons de la chance d'être "né sur le bon
trottoir" !

Tashi delek
Gilles
 
 
LEGENDES PHOTOS :
4774 : Sans parole et par gestes, il me demande une cigarette.
4775 : Dans l'apres midi, sur un trottoir de Patan.
4780 : A Bhaktapur, dans le quartier des Intouchables en bordure de riviere.
4781 : La riviere de Bhaktapur sans les odeurs !
4782 : Les vaches sacrees mangent aussi dans les poubelles de notre quartier.
4779 : Devant le stupa de Bodnath, la femme aveugle.
4778 : Derriere le monastere TchenTchen, la chamane.
4777 : Derriere le monastere Tchen Tchen.
4776 : Ces jeunes profitent du soleil pour recuperer de leur courte nuit !
 










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